L'histoire de l'orgue

Même si l’on retrouve des « traces » de l’existence d’un orgue dès 1728 à Megève, dans les écrits du Révérend Berthet (1792), le premier projet d’installation d’orgue à l’église Saint Jean-Baptiste date lui de 1840.

Automne 1840 : Après de multiples études et appels d’offre, le Conseil de Fabrique confie aux frères Callinet la construction d’un orgue pour la paroisse Haut-Savoyarde pour la somme de 9000,00 francs (de l’époque). 

C’est ainsi que, le 9 décembre 1840, une convention lie le Conseil de Fabrique et les facteurs d’orgue Callinet installés à Rouffach dans le Haut-Rhin.

Note au sujet du paiement : Payé 3300,00fr à la livraison sur les 4000 convenus. Le reste fut réglé petit à petit, par emprunts successifs. Au final, les mègevans mirent plus de vingt ans à payer leur orgue.

L’orgue arrive à Megève en juin 1842. Son inauguration en grandes pompes a lieu le 24 juin 1842, jour de la saint Jean-Baptiste.

L’instrument compte alors 26 jeux* répartis sur deux claviers de cinquante quatre notes et un pédalier de dix huit notes. Il est à traction* mécanique comme tous les orgues de ce moment. Le nombre de jeux fait de lui un orgue très important pour l’époque.  Effectivement, seules les grandes églises du département sont alors dotées d’instruments de taille semblable. Le buffet est en chêne, de style « Régence ».

Le premier organiste en poste se nomme François-Marie GROSSET-GRANGE, formé à Rouffach pendant la construction  de l’orgue. Il prend ses fonctions en juillet 1842.

     Vingt huit ans passent…

En 1870, l’église s’agrandit par l’arrière. Les tribunes rendues exigües par l’orgue et les anciennes archives sont alors prolongées. On recule les orgues en fond de tribune, dans la partie nouvelle de l’édifice. On exhausse également le buffet de soixante centimètres de manière à conserver sa fière allure depuis sa nouvelle place plus lointaine et l’on ajoute quelques jeux.

     Cinquante deux années s’écoulent sans aucun problème particulier.

Le 13 août 1922, avec l’arrivée de l’électricité, un ventilateur électrique prend place. Son installation est faite par M. Garnier de Bonneville. Il remplace la présence du « souffleur » qui devait actionner de grands soufflets d’air par la force musculaire de ses jambes.

En 1931, l’orgue bénéficie d’un relevage*. L’opération est effectuée par le facteur Paul BEURTIN. Celui-ci remplace aussi le ventilateur par un appareil plus silencieux.

     Vingt quatre ans passent…

C’est en 1955, suite à de gros travaux de rénovation entrepris dans l’église, que germe l’idée d’une restauration et d’un éventuel agrandissement de l’orgue sur l’initiative de messieurs Guy BESSON (organiste) et René DUVILLARD (chef de la chorale). La Commission de Restauration des Orgues voit le jour.

La réfection est confiée à la maison Michel, Merklin et Kuhn à Lyon. Rien ne sera enlevé ou supprimé ; les facteurs d’orgue ne font que restaurer et agrandir.

La transformation majeure sera la nouvelle traction électro-pneumatique de l’ensemble de l’orgue.

L’instrument passe de 26 à 48 jeux soit 3191 tuyaux, allant de moins d’un centimètre pour le plus petit à plus de cinq mètres pour le plus grand d’entre eux.

Les sommiers* sont électrifiés, on ajoute un clavier de Positif composé de douze jeux, la boite expressive retrouve sa jeunesse. La transmission* est électrifiée, ce qui permet de désolidariser la console* du buffet.  Cette dernière jusqu’alors postée « en fenêtre » se retrouve près de la rambarde, sur la gauche des tribunes. Sa modernité ouvre la porte à d’innombrables combinaisons de registration et un confort de jeu sans précédent. Ce qui offre à l’orgue une palette sonore considérable. L’élaboration de ce nouvel instrument nécessite sept kilomètres de fils et câbles en tout genre. Les tuyaux sont en alliage d’étain, en bois ou en laiton pour la chamade* du grand orgue.

Le 17 novembre 1957, l’église restaurée et les nouvelles grandes orgues sont consacrées par Monseigneur CESBRON et Jean GIROUD, organiste de St Louis de Grenoble.

S’en suivit une période de faste où d’illustres organistes vinrent avec plaisir exploiter les possibilités techniques et sonores du nouvel orgue. Il permettait l’interprétation de l’entendue du répertoire musical : la musique classique, symphonique, contemporaine, moderne…

La souplesse et le confort d’exécution qu’offrait la nouvelle transmission permettait un jeu rapide et léger et ravissait les grands musiciens. Parmi eux, on peut nommer : Pierre Cochereau (ND Paris), André Marchal, Marie-Claire Alain, Jean-Jacques Grunenwald, Gaston Litaize, Marie-Louise Girod, Marcel Pehu, André Pagenel, Jean Langlais mais aussi, Louis Robillard, Jean-Claude Françon…

     Quarante années passent...

1998 : Malgré un entretien régulier et de nombreuses opérations de maintenance coûteuses effectuées en 1970, 1971, 1981, 1994, 1995, 1996 et 1998, le système de transmission électro-pneumatique accuse le poids des années. Cette avancée technologique, source d’avantages intéressants, fonctionnait à merveille tant que l’ensemble était flambant neuf.

Mais, petit à petit, l’orgue manifeste son mécontentement. Les nombreux contacts électroniques nécessaires à ce fonctionnement s’oxydent, la poussière s’infiltre partout. Conséquence pour l’organiste : des jeux restent muets, d’autres parlent alors qu’ils ne sont pas sollicités, des transmissions demeurent coincées, des fonctions se bloquent…

Agé de quarante ans, ce système devient complexe à entretenir, les pièces de remplacement compliquées à trouver et la fréquence des dépannages s’intensifie. L’orgue ne peut plus remplir dignement les fonctions qui lui incombent, sans cesse sous la crainte d’une panne majeure.

1998-1999 : M. Maurice MOERLEN, expert des orgues des diocèses de Strasbourg et de Besançon et ancien titulaire du Grand-Orgue de la cathédrale de Strasbourg effectue un état des lieux de l’instrument. La conclusion implacable de son rapport préconise une RECONSTRUCTION RADICALE de l’orgue de Megève.

 Les objectifs principaux de cette reconstruction :

-         Désenclaver l’orgue de sa niche et de le replacer à sa place originelle, en bord de tribune pour un rendu sonore entier, sans essoufflement du son ;

-         Abandonner le système de traction électro-pneumatique pour une transmission intégralement mécanique (meilleure durée dans le temps en employant des matériaux de bonne qualité) ;

-         Créer un positif « dorsal » ou dit « de dos ».

Le tout dans le souci de retrouver l’esprit et l’esthétique des frères Callinet, constructeurs de l’orgue en 1840.

Se pose la question du financement d’un tel remaniement. Le 10 janvier 2001, suite à un entretien avec les représentants des Mairies de Megève et de Demi-Quartier, le Président de la Fondation  « The Conny-Maeva Foundation » a accepté de participer à la restauration de l’orgue. La Fondation souhaite être la seule intervenante avec Megève et Demi-Quartier. Coût total de l’opération : 699 695,00 €.

M. MOERLEN est alors nommé maître d’œuvre des travaux de reconstruction. Après étude, la maison Alfred KERN & Fils de Strasbourg remporte l’exécution des travaux.

Du 21 au 24 octobre 2002 : les employés de la maison Kern démontent entièrement l’orgue. Ce dernier prend la route de Strasbourg.

  

Voici les grandes caractéristiques du nouvel orgue de Megève :

-         A la manière des Callinet, la console est rapportée « en fenêtre »

-         Les jeux sont actionnés par des tirants, les accouplements* et tirasses* par pédale-cuiller à accrocher ;

-         La mécanique est reconstruite dans l’esprit Callinet, avec des vergettes* et des abrégés* en bois ;

-         Les sommiers de pédale, positif et récit sont neufs, en chêne. Celui du grand orgue est restauré ;

-         Une nouvelle boite expressive est construite avec des jalousies* placées sur toute la face avant ;

-         Le buffet du nouveau positif est fabriqué dans le même style que le buffet du grand orgue de manière à avoir un ensemble harmonieux.

-         La tuyauterie originelle est conservée et restaurée. Les autres tuyaux sont reconstitués à neuf comme le Nazard du Positif ou le Clairon du pédalier.

Nota Bene : Suite à une étude de charge, l’orgue ne peut pas être placé en bord de tribune. Les plans sont donc revus avant les travaux et l’orgue sera finalement placé à deux mètres du fond des tribunes.

L’inauguration a lieu le 11 juillet 2004.

Le concert est donné par M. Maurice MOERLEN, le maître d’œuvre du projet.

Pour plus d’informations et de détails sur l’histoire de l’orgue, rendez-vous rubrique "brochure sur l'orgue de Megève".

Sources :

- Buletins paroissiaux "L'écho de Megève/Combloux/Praz sur Arly" de 1957, 1959, 1960 et 1962 ;

- Brochure "l'orgue de Megève" ;

- Richard FEIGE, titulaire de l'instrument ;

- Photos : Anthony GERFAUD-VALENTIN

 

* : définitions à la rubrique "Lexique"

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site